Lutte contre une espèce exotique envahissante, la Petite Fourmi de Feu dans les zones difficilement accessibles : épandage de produits par drone

SOP Manu
Publié: 11 mai 2021
Dernière modification: 11 mai 2021
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Résumé

En 2017, 5 Monarques de Tahiti, oiseaux endémiques en danger critique d'extinction, avaient déserté leur territoire infesté de Petites fourmis de feu. Cette peste invasive forme des colonies de plusieurs hectares, où la microfaune est divisée par trois et où la macrofaune devient aveugle. Grace au BEST 2.0 de l'Union Européenne, au Pays, à la mairie de Punaauia, à l’AfdpZ et au Zoo Victoria, des protocoles d'éradication mis au point avec 10 experts internationaux ont été testés. 4 épandages par drone ont été effectués dans la falaise contaminée, avec du S méthoprène et de l'Hydraméthylnone en alternance. Aucune PFF n'a été retrouvée plus de 26-30 mois après. Soixante maisons contaminées ont été traitées au fipronil ultra-dilué et seules 4 étaient encore positives début 2020. Après les traitements, la microfaune dans les zones traitées était retournée à un état identique aux zones indemnes. Deux autres colonies sont en cours d'éradication. 

Classifications

Région
Océanie
Échelle de la mise en œuvre
Local
Ecosystème
Buildings and facilities
Forêt de feuillus tropicaux
Écosystème urbain
Écosystèmes forestiers
Thème
Espèces exotiques envahissantes
Gestion des espèces
Non répertorié
Restauration
Santé et bien-être humain
Science et recherche
Services écosystèmiques
Villes et infrastructures
World Heritage
Îles
Défis
Perte de biodiversité
Perte de l'écosystème
Espèces envahissantes
Manque de capacités techniques
Manque de sensibilisation du public et des décideurs
Objectifs de Développement Durable
ODD 3 - Bonne santé et bien-être
ODD 8 - Travail décent er croissance économique
ODD 11 - Villes et communautés durables
ODD 15 - Vie terrestre
ODD 17 - Partenariats pour la réalisation des objectifs
Obectifs d'Aichi
Objectif 1: Sensibilisation accrue de la biodiversité
Objectif 2: Valeurs de la biodiversité intégrées
Objectif 5: Perte d'habitat réduite de moitié ou diminuée
Objectif 7: Agriculture, aquaculture et sylviculture durable
Objectif 8: Pollution réduite
Objectif 9: Espèces exotiques envahissantes évitées et contrôlées
Objectif 11: Aires protégées et conservées
Objectif 12: Réduction du risque d'extinction
Objectif 13: Sauvegarde de la diversité génétique
Objectif 14: Services des écosystèmes
Objectif 15: Restauration et la résilience des écosystèmes
Objectif 17: Stratégies de la biodiversité et des plans d'action
Objectif 19: Partage de l'information et de la connaissance
Objectif 20: Mobiliser toutes les ressources disponibles
Approches pour l’engagement des entreprises
Engagement direct avec une entreprise
Engagement direct avec des associations
Indirecte par le biais des institutions financières
Indirect à travers des gouvernements

Emplacement

Punaauia, îles du Vent, Polynésie française

Défis

Le Monarque de Tahiti ne peut pas survivre dans les zones colonisées par la PFF : arboricole, elle peut atteindre 80 reines par mètre carré, divise la microfaune par 3 et rend les animaux aveugles. Sa piqûre est très douloureuse.

La lutte biologique est à proscrire car le champignon introduit fait courir le risque à tous les insectes locaux (et aux insectivores) d’être contaminés par une maladie. Aussi, les pesticides appliqués avec soin, et lorsqu’ils permettent l’éradication définitive d’une peste, restent le dernier rempart.

 

Animaux domestiques aveugles, jardins impraticables puis linge qu'on doit repasser sont les maux qui accablent les propriétaires des zones très infestées. Leur quotidien devient un mini-enfer quand la PFF s'installe chez eux.

 

Les PFF ont aussi des conséquences dramatiques sur les productions agricoles : baisse de productivité des plantes parasitées, travailleurs qui refusent de continuer à se faire piquer...

Bénéficiaires

Le Monaque de Tahiti

Les chats, chiens, oiseaux sauvages, insectes indigènes 

Les populations locales, dans leur vie quotidienne 

Les agriculteurs

Les touristes

Les autres zones et pays contaminés

Comment les blocs constitutifs interagissent-ils entre eux dans la solution?

La Société d'Ornithologie de Polynésie (SOP) était débutante dans cette compétence, la Société Matarai également - l'aide internationale a pallié à ce problème et l'implication sociétale (propriétaires) a permis une implication institutionelle (Mairies, Syndicats) ainsi que le suivi à long terme de ces travaux. Devant l'urgence, l'impact du traitement sur la microfaune a été évalué lors de cette première tentative d'éradication et tous ces blocs constitutifs se sont intégrés les uns avec les autres plutôt que préparés et choisis à l'avance.

Les impacts positifs

Sauvegarde d'un oiseau en danger critique d'extinction et de son écosystème : nous avons étudié 4 sites indemnes/infestés de PFF dans 2 milieux (forestiers/haut de vallées). Dans les zones infestées, la microfaune était divisée par 3 par rapport aux zones saines. Il ne restait que des PFF et leurs commensaux (pucerons..). Dans les zones traitées, la microfaune était retournée à un état initial dans les 6 mois suivant le traitement. Les oiseaux endémiques, dont la densité était significativement impactée par la présence de la PFF, étaient retournés dans le flanc de falaise traité par drone - à l'exception du Monarque dont 3/5 ont été retrouvés établis sur des territoires plus en amont.

 

Mise au point d'une solution reproductible d'éradication de colonies de PFF dans le cadre de la protection des populations, des sites clefs (touristiques, patrimoniaux) et des productions agricoles. Chez l’homme, sa piqûre très douloureuse est à l’origine de lésions, voire de chocs anaphylactiques. Sur Tahiti, la PFF rend inhospitaliers les chemins de randonnée, les vallées, les exploitations agricoles et s'infiltre dans les maisons. La production d’Ananas sur Moorea est fortement perturbée. Tortues blessées, éléphants et oiseaux sauvages aveugles sont rapportés dans le monde.

 

Histoire

C. Blanvillain

La guerre des clones

Le 'ōmāma'o ou Monarque de Tahiti, un petit passereau endémique strict de l'île faisait partie de la liste très peu enviable des 50 oiseaux les plus menacés au monde au début du 21ème siècle. Nous n’en connaissions que 12 en 1998, année où les premiers efforts de sauvegarde ont été mis en place. En 22 ans, ce sauvetage est devenu une véritable épopée. Il a d’abord fallu trouver les derniers survivants, qui dans la plupart des cas, étaient âgés et incapables de se reproduire! Puis l'Association Manu a dû lutter contre le rat noir, qui dévore les œufs et oisillons dans les nids. Les habitants de Punaauia et de Paea ont aidé l’association à éliminer les Martins tristes et les Bulbuls à ventre rouge, deux oiseaux introduits classés nuisibles, qui s’attaquaient aux nids et aux adultes. Plusieurs milliers de « jardiniers » ont aussi aidé à restaurer l’habitat du ōmāma'o!  Certains territoires se trouvent au-dessus de 5 cascades de plus de 20 mètres de haut qu'il a fallut conquérir, et dans ces zones verticales, la guerre des clones s'est déclarée...

 

En 2014, une nouvelle et terrible peste a fait son apparition: la Petite Fourmi de Feu

Les reines PFF se clonent pour former des petites colonies qui collaborent entre elles et forment à terme des méga-colonies. Nous avons découvert qu'elles s’étaient installées sur plus de 80 ha à l’entrée des vallées hébergeant le 'ōmāma'o, y compris dans une falaise de 200 mètres de haut! Les 5 individus qui vivaient au bas de cette falaise avaient disparu ! Il a fallu faire face à cette nouvelle menace: aucune méthode n'était disponible.  D'où l'idée d'utiliser un drone... et d'entamer notre course aux experts internationaux afin de trouver une solution efficace. Grâce aux travaux de Manu, 90% des 178 maisons anciennement contaminées dans ces colonies sont aujourd'hui exemptes de PFF et il n’y a toujours aucune PFF près de 3 ans après le dernier épandage dans la fameuse falaise traitée par drone.

 

Et pour récompenser nos efforts...

la population du 'ōmāma'o ne cesse d’augmenter de manière vigoureuse depuis 2016, un vrai challenge alors qu'on le compte parmi les pires reproducteurs du monde (avec un jeune par an et par couple et seule la moitié des couples qui se reproduit). Elle dépasse pour la première fois depuis bien longtemps le nombre des 100 adultes !!!

Contribué par

Caroline Blanvillain Société d'Ornithologie de Polynésie, Association 'Manu'

Soumise par

"Société d'Ornithologie de Polynésie, Association 'Manu' (5985)"
"Société d'Ornithologie de Polynésie, Association 'Manu' (5985)"